Ameimse a publié une critique de La domination oubliée par Tal Piterbraut-Merx
La domination oubliée
5 étoiles
Il s'agit d'un ouvrage de philosophie politique constitué à partir du manuscrit de thèse inachevé de Tal Piterbraut-Merx, réalisé grâce à un collectif d'ami·es. C'est une lecture importante pour réfléchir à des outils théoriques pour penser la domination des adultes sur les enfants, mais aussi plus largement pour analyser les dominations qui structurent la société. Elle offre notamment toute une relecture critique de différents textes essentiels de la littérature féministe, repensés à l'aune des rapports adulte-enfant, qui est particulièrement stimulante. Plein d'éléments m'ont beaucoup intéressée, j'en retiens particulièrement : - la démonstration stimulante des angles morts du Contrat sexuel de Carole Pateman vis-à-vis de l'enfant. - ce fil rouge questionnant la "poche intacte de naturalité que serait l’enfance et ses capacités propres" (p. 211) ; - la mise en tension des perspectives matérialistes et queer pour penser la domination / le pouvoir, avec notamment une intéressante réappropriation du concept de …
Il s'agit d'un ouvrage de philosophie politique constitué à partir du manuscrit de thèse inachevé de Tal Piterbraut-Merx, réalisé grâce à un collectif d'ami·es. C'est une lecture importante pour réfléchir à des outils théoriques pour penser la domination des adultes sur les enfants, mais aussi plus largement pour analyser les dominations qui structurent la société. Elle offre notamment toute une relecture critique de différents textes essentiels de la littérature féministe, repensés à l'aune des rapports adulte-enfant, qui est particulièrement stimulante. Plein d'éléments m'ont beaucoup intéressée, j'en retiens particulièrement : - la démonstration stimulante des angles morts du Contrat sexuel de Carole Pateman vis-à-vis de l'enfant. - ce fil rouge questionnant la "poche intacte de naturalité que serait l’enfance et ses capacités propres" (p. 211) ; - la mise en tension des perspectives matérialistes et queer pour penser la domination / le pouvoir, avec notamment une intéressante réappropriation du concept de "consubstantialité des rapports sociaux" forgé par Danièle Kergoat, et la mise en avant du concept de co-production pour envisager les liens entre les rapports de pouvoir et enrichir les approches intersectionnelles.
Si je parle brièvement de cette lecture ici (même si ce n'est pas une fiction), c'est aussi que le manuscrit inachevé se conclut avec une citation de M.E. O'Brien, autrice de l'essai "Abolir la famille" dont j'avais parlé l'an passé : bw.heraut.eu/user/Ameimse/comment/30867#anchor-30867 Or Tal Piterbraut-Merx la cite lorsqu'elle aborde l'importance qu'il y a aujourd'hui à "écrire de la science-fiction sur les futurs que nous voulons créer" (p. 238). Ce que M. E. O'Brien a ensuite mis en pratique dans son roman "Tout pour tout le monde", co-écrit avec Eman Abdelhadi : bw.heraut.eu/book/60504/s/tout-pour-tout-le-monde Tout cela rappelle les liens pouvant exister entre littératures de l'imaginaire et philosophie politique. Toujours pour citer M. E. O'Brien à la fin de la citation mise en exergue : "[L]eur utilité ne se trouve pas dans la formulation de propositions à mettre en oeuvre par les personnes plus convaincues. Leur pouvoir est de rendre visibles la fragilité et l'horreur du présent, et de soutenir un processus d'exploration et de découverte au coeur des luttes" ("La communisation du care", Ouvrages, 2011 - trad. Etienne Simard).