Ameimse a publié une critique de The Bone Ship's Wake par R. J. Barker
La Trilogie de l'Enfant de la Marée
4 étoiles
Les quelques lignes qui suivent concernent l’ensemble de la trilogie de l'Enfant de la Marée (bw.heraut.eu/series/223/s/lenfant-de-la-mar%C3%A9e), dont seuls les deux premiers tomes ont été traduits en français pour le moment. Le troisième a été lu en VO.
L'ensemble propose un condensé de fantasy navale, dans laquelle l’auteur se saisit et entremêle de façon efficace différents codes narratifs classiques du genre. La trilogie se démarque particulièrement par un worldbuilding riche : est pris le temps d’installer un décor géographique dépaysant, défini par ses multiples îles et bordé par de gigantesques tempêtes, et d’explorer les ramifications sociales et géopolitiques des choix faits par les communautés humaines pour y assurer leur survie.
Dans la société principalement mise en scène, celle des Cent Îles, des humain·es de toute couleur de peau coexistent avec d’autres êtres – pour certain·es esclavisé·es, comme les gullaimes, exploité·es pour leur faculté à produire du vent …
Les quelques lignes qui suivent concernent l’ensemble de la trilogie de l'Enfant de la Marée (bw.heraut.eu/series/223/s/lenfant-de-la-mar%C3%A9e), dont seuls les deux premiers tomes ont été traduits en français pour le moment. Le troisième a été lu en VO.
L'ensemble propose un condensé de fantasy navale, dans laquelle l’auteur se saisit et entremêle de façon efficace différents codes narratifs classiques du genre. La trilogie se démarque particulièrement par un worldbuilding riche : est pris le temps d’installer un décor géographique dépaysant, défini par ses multiples îles et bordé par de gigantesques tempêtes, et d’explorer les ramifications sociales et géopolitiques des choix faits par les communautés humaines pour y assurer leur survie.
Dans la société principalement mise en scène, celle des Cent Îles, des humain·es de toute couleur de peau coexistent avec d’autres êtres – pour certain·es esclavisé·es, comme les gullaimes, exploité·es pour leur faculté à produire du vent pour les bateaux, pour d’autres, devenues créatures légendaires dont ne restent que des reliques osseuses, les keyshan, des dragons des mers d'autrefois à la taille vertigineuse. Dans ces îles, tout repose sur une organisation très hiérarchique et impitoyable (y compris dans les sacrifices qui y sont institutionnalisés), où sont relégué·es dans les marges celleux né·es avec une infirmité, une tâche de naissance trop marquée ou encore dont la mère n’a pas survécu à l’accouchement. Des rapports de genre originaux sont ainsi façonnés : ce sont les femmes qui détiennent les positions de pouvoir, avec une hiérarchie sociale notamment déterminée par la capacité à mener à terme une grossesse, en y survivant et en donnant naissance à des enfants jugés « bien portants » selon les normes des Centien·nes. C’est cependant aux côtés d’exclu·es que l’auteur nous entraîne, ou plus précisément, de condamné·es aux « vaisseaux noirs », des vaisseaux d’os (de dragons des mers), navires dégradés et en mauvais état, au sein desquels l’expiation et le rachat doivent venir d'une mort attendue des marins pour la cause des Cent Îles.
L’histoire se déploie efficacement durant chacun des trois tomes de la trilogie, lesquels suivent le parcours d’un de ces vaisseaux noirs. Tout est raconté depuis le point de vue de Joron, jeune homme condamné aux vaisseaux noirs, se retrouvant propulsé à un poste à responsabilité, et que les événements ainsi que diverses rencontres vont progressivement transformer. La narration est proposée au plus près de ses états d’âme, partageant ses doutes comme ses révoltes, et assurant une forme de proximité et d’empathie. L’ensemble progresse suivant une trame où la dimension initiatique se mêle aux batailles navales et aux dynamiques de solidarité qui se créent, face à l’adversité, dans un équipage de navire, très hétéroclite, qui devient peu à peu une équipe. Le tout se déroule sur fond de bouleversement plus profond à l’œuvre, celui de l’apparent retour des keyshans. Derrière un fil rouge mythologico-prophétique qui s’esquisse, la trilogie offre une histoire de lutte et de tentatives de remise en cause des préjugés, des hiérarchies et des exclusions inculquées depuis le plus jeune âge dans cette société des Cent Îles. Cette dernière est notamment soudée par une guerre permanente menée contre celleux appelé·es les « Décharné·es ». Une autre cohabitation est-elle possible, entre tous les humain·es, mais aussi avec les non-humain·es comme les gullaimes ?
Versions française comme anglaise se lisent facilement : les romans sont portés par un style simple et direct, avec une mise en scène narrative immersive servie par un rythme toujours efficace.
Une série qui peut plaire aux amateur·ices de fantasy sur les mers, avec sa part de noirceur et de combats, de personnages ayant leurs failles et caractérisés de façon convaincante, le tout avec pour fil rouge une forme de cause utopico-prophétique qui se construit peu à peu, envers et contre toustes.
