Ameimse a publié une critique de Un pieu à soi par Ivan Berquiez
Un pieu à soi
5 étoiles
'Un pieu à soi' (quel chouette titre !) a pour point de départ une idée qui peut sembler aussi déroutante qu'intrigante : en mars 1941, alors qu'elle s'apprête à se donner la mort, Virginia Woolf trouve au bord de la rivière un objet qui va lui permettre de regarder, en ce milieu de XXe siècle, l'intégralité de la série 'Buffy contre les vampires', réalisée plus d'un demi-siècle plus tard. Elle regagne son domicile, l'objet sous le bras, et se lance dans le visionnage.
Le récit qui s'ouvre voit s'entremêler roman uchronique et essai. Ivan Berquiez propose un texte construit de façon chronologico-thématique, structuré autour des sept saisons successives de 'Buffy'. C'est l'occasion pour l'auteur de proposer une analyse originale de la série au prisme du regard fictif de Virginia Woolf, mettant en scène sa réception toute personnelle de ce qu'elle découvre, dans le contexte qui est alors le sien. …
'Un pieu à soi' (quel chouette titre !) a pour point de départ une idée qui peut sembler aussi déroutante qu'intrigante : en mars 1941, alors qu'elle s'apprête à se donner la mort, Virginia Woolf trouve au bord de la rivière un objet qui va lui permettre de regarder, en ce milieu de XXe siècle, l'intégralité de la série 'Buffy contre les vampires', réalisée plus d'un demi-siècle plus tard. Elle regagne son domicile, l'objet sous le bras, et se lance dans le visionnage.
Le récit qui s'ouvre voit s'entremêler roman uchronique et essai. Ivan Berquiez propose un texte construit de façon chronologico-thématique, structuré autour des sept saisons successives de 'Buffy'. C'est l'occasion pour l'auteur de proposer une analyse originale de la série au prisme du regard fictif de Virginia Woolf, mettant en scène sa réception toute personnelle de ce qu'elle découvre, dans le contexte qui est alors le sien. Avec une habilité et une finesse particulièrement appréciables, aux thématiques spécifiques propres à chaque saison de 'Buffy', l'auteur entreprend de faire se répondre des informations biographiques et des extraits d'oeuvres de Virginia Woolf. Tout en coordonnant ces mises en connexion, il s'agit de raconter l'évolution que va connaître l'autrice anglaise au contact de ce visionnage (mais pas seulement) durant ce printemps 1941. Sa progression dans la série n'aura rien de linéaire : l'oeuvre télévisée accompagne, contribue parfois, bouscule aussi, l'état mental de Virginie Woolf. C'est donc un parcours très intime qui est proposé à travers le registre de l'uchronie. Au fil d'un texte foisonnant, parlant d'écriture et de la puissance des récits, d'amours lesbiens invisibilisés et de féminisme, de violences sexuelles et du patriarcat, de deuil et du poids que peut faire peser l'actualité d'une guerre omniprésente en toile de fond, l'auteur suit un fil rouge qui traite de santé mentale, du rapport à la dépression comme maladie et de ce qu'une telle maladie produit chez une personne. Le concept imaginé lui permet ainsi d'aborder, en explorant les possibles de la littérature, des thématiques politiques qui demeurent contemporaines.
Au final, 'Un pieu à soi' est un beau texte, plein de sensibilité, de tendresse et de déchirement aussi. Son originalité n'est pas tant dans le propos en lui-même qui est proposé que dans la façon dont l'auteur traite et rend accessibles un certain nombre de sujets politiques. Je me suis profondément attachée au livre au fil de sa lecture. Cela a sans doute aussi été renforcé par une certaine nostalgie de voir ainsi réactivés des souvenirs de mes lectures antérieures de textes de Virginia Woolf comme de mes visionnages de 'Buffy', mais je pense que le livre peut aussi servir d'introduction à l'une comme à l'autre de ces oeuvres.